Chaque année, le Grand Magal de Touba réunit des millions de fidèles venus des quatre coins du Sénégal, de l’Afrique et de la diaspora. Cette année encore, la ferveur atteindra son apogée le 13 août 2025, correspondant au 18 Safar du calendrier musulman. Cette date n’est pas anodine. Elle symbolise un acte de résistance, de foi et d’abandon total à Dieu : l’exil imposé à Cheikh Ahmadou Bamba Mbacké, fondateur du mouridisme, par l’administration coloniale française.
Le Grand Magal est bien plus qu’une simple commémoration religieuse. C’est un acte de mémoire collective, un rappel de la force spirituelle d’un homme qui, par sa patience, son courage et sa droiture, a défié l’oppression sans jamais brandir une arme. À Touba, chaque coin de rue, chaque maison d’hôte, chaque mosquée vibre de cette énergie spirituelle intense. Les fidèles, dans un élan d’humilité, y viennent pour exprimer leur reconnaissance, renouveler leur engagement, et rechercher les bénédictions attachées à cette journée sacrée.
Ce rendez-vous annuel est également un moment d’unité nationale. En dépit des différences confrériques, idéologiques ou politiques, le Magal transcende les clivages. Il rappelle à tous la place centrale qu’occupe la foi dans la vie des Sénégalais, et combien la spiritualité peut être un levier puissant de cohésion sociale et de stabilité. Les valeurs de paix, de solidarité, de discipline et de dévouementportées par le mouridisme s’incarnent pleinement dans ce rassemblement exceptionnel.
Cette dimension spirituelle, historique et culturelle du Grand Magal a conduit l’État du Sénégal à lui accorder une reconnaissance officielle. En effet, le Magal de Touba est désormais inscrit au patrimoine national. Ce décret intervenu en cette année 2025, témoigne de l’importance capitale de cet événement dans le tissu social, culturel et religieux du pays. Il s’agit là d’un acte fort, symbolique, qui consacre Touba comme un haut lieu de mémoire et de spiritualité, mais aussi de contribution à l’identité sénégalaise.
Sur le plan organisationnel, le défi est de taille. Il mobilise toutes les ressources humaines, logistiques et spirituelles d’une ville qui devient, en quelques jours, la capitale religieuse de toute l’Afrique de l’Ouest. Les autorités publiques, en collaboration avec les comités d’organisation du Magal avec à la tête le porte parole du mouridisme Cheikh Bassirou Abdou Khadr Mbacké, redoublent d’efforts pour garantir la sécurité, l’accès à l’eau potable, aux soins, à l’hébergement et à une circulation fluide pour les millions de pèlerins attendus. L’engagement des daaras, des bénévoles, des forces de sécurité et des services de santé illustre bien l’esprit de « ndigël« et de service communautaire si cher à la voie mouride.
Le 13 août 2025 ne sera donc pas un jour ordinaire. Il sera celui d’un rappel historique, d’un sursaut spirituel et d’un engagement renouvelé. Le Grand Magal de Touba continue, année après année, de s’affirmer comme une manifestation religieuse d’envergure internationale, mais aussi comme un marqueur identitaire fort du peuple sénégalais. En cela, il mérite non seulement le respect, mais aussi une attention particulière de tous les acteurs de la vie nationale.
Abdoul Ahat Ndiaye
SenQuotidien
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