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Fer, fumées et survie : les « damnés » des déchets électroniques (3/3)

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Dans les marchés dakarois, les ferrailleurs et réparateurs vivent du recyclage des déchets électroniques, entre odeurs toxiques, fumées de soudure et ferrailles entassées. Mais derrière ce gagne-pain indispensable, se cache un lourd tribut sanitaire que beaucoup préfèrent taire.

En ce samedi d’août, Dakar affiche une température très estivale. Au marché de l’unité 17 des Parcelles Assainies, le bourdonnement caractéristique, il faut jouer les coudes pour se frayer un chemin. L’ambiance est bon enfant. Mais l’environnement dit autre chose à certains sous la forme d’une interrogation : l’argent vaut-il la santé ? Massamba Koumé, un ferrailleur dégoulinant de sueur, dit ignorer les risques liés aux déchets issus des objets électroniques. « Après le décès de mon oncle il y’a 5 ans, j’ai commencé cette activité. C’est lui qui aidait ma mère. Le kg de fer est difficilement revendu à 140 FCfa. Je gagne entre 3.000 et 5.000 FCfa le jour », soutient ce jeune âgé d’une quinzaine d’années.

Même son de cloche pour le Nigérien Yankhuba Lantier, noir d’ébène et taille courte. Notre interlocuteur haoussa dit privilégier son gagne-pain. Il se dit résilient face au danger sanitaire inhérent à leur activité professionnelle. « Ces temps qui courent, la vie est très difficile. Nous n’avons pas ce que nous voulons ; c’est pourquoi, vous nous voyez ici. On ne sait pas où aller. Là, je gagne entre 2.000 et 5.000 FCfa. Il est hors de question de quitter cette activité sans une autre alternative », déclare Yankhuba. Non loin de lui, Pape Ngom est en train de couper des barres de fer pour mieux les revendre. « Le kg est à 130 FCfa et nous les revendons aux indiens. Depuis 2007, je suis dans cette activité. Il m’arrive de porter un masque », dit-il.

Fumées toxiques Avant de préciser n’avoir jamais acheté de marchandise volée ! Mamadou est réparateur de ventilateur. Il confirme que les déchets électroménagers dégagent parfois une odeur persistante mais faute de moyens, il s’en remet à la résilience. « La santé, certes, mais nous avons des familles à nourrir et des besoins à satisfaire. Que faire », s’interroge-t-il. Selon lui, leur travail est dangereux car le moteur de ces appareils peut prendre feu. Selon Mamadou, une panne d’un ventilateur peut se réparer entre 3, 4 voire 7.000 FCfa. Trouvé dans son atelier, Bassirou dit presque la même chose. Des clientes assises sur un banc attendent que leur appareil soit remis en état.

Modou Tine touche du bois soutenant, jusqu’ici, n’être jamais tombé malade à cause de son activité professionnelle. Au marché Dior des Parcelles Assainies, Saliou Gueye reconnaît que la plupart des ouvriers sont malades à cause des substances que dégagent les Playstations, ordinateurs et autres matériels électriques abimés. « Notre espérance de vie est drastiquement réduite, mais on n’a pas le choix », avance-t-il. Et de regretter le non port de masque. Amadou Camara était assis devant un double écran de télévision en train de le tester. L’activité de réparation et de recyclage est son domaine depuis un quart de siècle. « Quand nous soudons les fils électriques, il y’a de la fumée qui se dégage et cela n’est pas bon pour la santé », explique-t-il.

Il raconte sa mésaventure : « il y’a 4 ans, j’avais senti des douleurs sous le thorax. Après consultation, le médecin m’a dit que c’était lié aux odeurs que nous inhalons ». Habillé en combinaison bleue, une tasse de thé à la main droite, un autre ouvrier invite à la prudence même s’il reconnaît les difficultés du moment. À la rue Mamadou Diop Angle Faidherbe communément appelée « Salle de ventes », le spectacle est pareil. Des matériels d’occasion de toute sortes posées sur des tables…et à même le sol constituent le décor. D’autres sont suspendus sur des étagères.

Des chargeurs aux machines à laver en passant par des postes télévision, ordinateurs, Playstations etc. D’après Cheikh Coly, les acteurs se protègent parfois à l’aide de masque comme du temps de la Covid-19, car certains articles nuisent à la santé. « Quand nous nettoyons les machines à laver, on y met de la soude caustique et cela porte atteinte à notre bien-être », révèle-il. Ousseynou Faye est un technicien de téléphone. Selon lui, depuis 1998, ils n’ont jamais été sensibilisés à ce danger. Entre fer, fumées et résilience, ces ouvriers du rebut poursuivent leur gagne-pain, quitte à sacrifier leur santé sur l’autel de la survie.

Source : Le Soleil

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