La finance islamique devrait occuper une place stratégique dans le plan de redressement du Sénégal, en tant qu’outil pour attirer de nouveaux investisseurs, tout en soutenant l’entrepreneuriat, a préconisé, Djibril Ndoye, spécialiste de cette forme de finance basée sur des principes de solidarité, d’éthique et de transparence.
“Elle (la finance islamique), peut contribuer à renforcer la résilience économique des États, tout en attirant de nouveaux investisseurs, notamment en provenance des pays du Golfe ou d’Asie du Sud-Est”, a indiqué M. Ndoye, dans un entretien accordé à l’APS.
Auteur de “Finance islamique en Europe : état des lieux des produits et services”, un livre de 120 pages, publié en 2018 aux éditions Babybook, Ndoye estime que ‘’la finance islamique devrait occuper une place stratégique dans le plan de redressement du Sénégal’’.
‘’À travers cet ouvrage, mon objectif est de montrer que la finance islamique dépasse largement le cadre religieux pour s’affirmer comme une réponse éthique et responsable aux défis actuels de la finance mondiale’’, a-t-il expliqué.
La finance islamique comme alternative
Pour lui, ‘’la finance islamique peut constituer une véritable alternative pour les États confrontés à des besoins massifs de financement’’.
‘’Ses mécanismes, fondés sur l’adossement à des actifs réels et le partage des risques, permettent de mobiliser des capitaux, tout en orientant les investissements vers des projets concrets et productifs’’, a-t-il ajouté.
Face à la crise financière ou de la dette croissante, l’auteur estime que ‘’l’approche islamique ouvre une voie plus éthique et plus stable, en limitant la spéculation et en favorisant la transparence’’.
‘’Ses instruments comme les “sukuk” peuvent financer les infrastructures, tandis que la “musharaka” (partenariat en capital) et la microfinance islamique ouvrent des solutions adaptées pour dynamiser les PME, l’agriculture et l’économie locale’’, suggère-t-il, soulignant que ‘’la finance participative permet de lever des fonds autrement que par la dette classique, en mobilisant directement l’épargne nationale et de la diaspora’’.
‘’En alliant éthique, inclusion et partage des risques, la finance islamique peut renforcer la confiance des investisseurs et contribuer à une croissance plus équilibrée et durable’’, a précisé l’auteur relevant que la finance islamique est méconnue et sous-exploitée trop souvent.
“Face aux défis structurels et aux opportunités de l’économie sénégalaise, il est impératif pour l’État, de mener une véritable politique de transformation économique, en misant sur l’alternative ouverte par la finance islamique”, insiste M. Ndoye.
“Trop souvent méconnue, la finance islamique demeure aujourd’hui sous-exploitée, par manque d’information, de formation et
d’accompagnement des acteurs économiques, alors même qu’elle pourrait constituer un véritable levier d’investissement et de développement inclusif pour les entreprises de toutes tailles”, soutient l’expert.
Djibril Ndoye précise que ‘’la finance islamique n’est pas réservée à une communauté, mais propose à une vision complémentaire de la finance, centrée sur l’économie réelle, la solidarité et la stabilité”. Il présente son livre comme une “invitation à repenser notre modèle financier et à considérer la finance islamique comme une opportunité stratégique pour l’Europe’’.
C’était sa façon, a-t-il expliqué, de ”mettre en évidence le potentiel d’inclusion financière (de la finance islamique), pour des millions de citoyens européens, tout en soulignant qu’elle peut aussi servir de levier de croissance et d’innovation pour l’ensemble de l’économie” mondiale.
”L’Europe, avec près de 20 millions de citoyens musulmans, constitue un marché potentiel important”, dit-il, non sans souligner que “le Royaume-Uni, pionnier dans le domaine, compte déjà plusieurs banques et fonds islamiques bien implantés”.
“La Turquie, l’Allemagne et le Luxembourg suivent cette dynamique”, poursuit-il, tout en notant que la France, malgré le fait qu’elle concentre “la population musulmane la plus importante du continent (européen), reste en retrait en raison d’obstacles réglementaires, politiques et d’un manque de communication”.
Source : APS
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